Accueil du site > Marathon > Presse > Anniversaire . les 5 ans de L’Association des amis du Medghacen : Un astre (...)

L’Association des amis du Medghacen entame sa cinquième année d’existence en apportant la preuve, si besoin est, que la société civile peut jouer un rôle éminemment positif dans le champ culturel, y compris, pour ce qui la concerne, dans la sauvegarde et la promotion du patrimoine.

Fondée le 1er novembre 2010, elle a réussi à fédérer des énergies et des compétences suffisantes pour donner au Medghacen (lire ci-dessous) une visibilité qu’il n’avait pas auparavant, au point qu’il était méconnu de nombreux Algériens qui citent volontiers le Mausolée royal de Tipasa, plus communément appelé « Tombeau de la chrétienne », ce qu’il n’est pas d’ailleurs. S’il reste encore beaucoup d’efforts à fournir pour que le Medghacen jouisse de la même notoriété que son « homologue » du nord, le travail de l’association a permis d’avancer sur ce plan, autant au plan national qu’international. Domiciliée à Batna et présidée par Azzedine Guerfi, par ailleurs éditeur, l’Association des amis du Medghacen s’est distinguée jusque-là par une stratégie pertinente, mêlant les ressources de la communication, des programmes d’animation originaux et une activité de diffusion des recherches scientifiques. Cette complémentarité d’approche se retrouve dans sa composante humaine, autant au niveau du bureau de l’association que de ses adhérents. On y retrouve des spécialistes du passé (archéologues, historiens…), des universitaires d’autres disciplines, des artistes et hommes de culture comme des citoyens de tous les horizons passionnés de patrimoine et disposant de compétences diverses. Tout ce beau monde œuvre à la santé et à la gloire du Medghacen, mais celui-ci est considéré dans l’ensemble de son environnement, l’association se dévouant à partir de ce point nodal à agir sur tout le patrimoine des Aurès. En 2011 et 2013, deux journées d’études sur le Medghacen ont été organisées avec des chercheurs et experts. La première a consisté à dresser un état des lieux et d’envisager les étapes de restauration du monument, sérieusement menacé. La deuxième a consisté à présenter des projets concrets d’intervention élaborés par le ministère de la Culture, notamment l’OGEBC (Office de gestion et d’exploitation des biens culturels). De même, le projet d’appui à la valorisation du patrimoine culturel algérien en partenariat avec l’Union européenne, et qui concerne aussi le Medghacen, a fait l’objet d’une présentation. L’association encourage la mobilisation citoyenne autour de ses différents programmes, comme elle soutient l’approche synergique entre les institutions gouvernementales, les collectivités locales, les organismes concernés et l’ensemble des bonnes volontés. « Nous avons la conviction, affirme son président, Azzedine Guerfi, que seule l’implication solidaire et organisée de tous les acteurs institutionnels ou autres peut donner des résultats rapides et efficaces, comme cela se fait dans les pays où le patrimoine a été bien pris en charge. Et, jusque-là, cette conviction se traduit sur le terrain par des avancées concrètes et surtout un état d’esprit positif que nous voulons accompagner et renforcer. » Cet accompagnement passe par le programme d’animation de l’association qui multiplie les initiatives de promotion du Medghacen. Le sport est devenu un élément important et original de cette action, notamment à travers le Marathon international du Medghacen, événement annuel qui n’a pas cessé de gagner en participation et en impact. Ce volet sport-patrimoine s’est étendu à d’autres activités touchant à des patrimoines proches du Medghacen. « Nous avons aussi escaladé Djebel Touggert pour constater la dégradation avancée de la cédraie de Belezma, précise Azzedine Guerfi. Nous avons couru de T’kout jusqu’au Ghoufi pour tirer la sonnette d’alarme sur l’état des derniers greniers traditionnels aurassiens et nous avons traversé une route de 2000 ans pour faire renaître la voie du réseau routier romain, entre l’ancienne Lambaesis (Lambèse), édifiée en 81, et Thamugadi (Timgad) fondée par l’empereur Trajan ». Autre action remarquable menée en 2012 : la distribution à 1800 enfants des 61 communes de la wilaya d’appareils photo jetables en leur demandant de fixer par l’image tous les éléments du patrimoine matériel et immatériel de leurs communes de résidence. Les bambins, initiés au reportage photo, ont pleinement joué le jeu et ce sont plus de 35 000 clichés que le jury mobilisé par l’association a dû trier pour organiser l’exposition « Ton regard sur ton patrimoine ». Les 136 photographies sélectionnées ont été montrées à Batna puis à Alger, constituant une formidable démonstration de la capacité de compréhension des enfants à l’égard du patrimoine. Une autre exposition, celle du photographe Kays Djillali, sur le thème « Aurès, patrimoine, mémoire et résistance », qui a fait l’objet d’une édition en beau livre chez Chihab, va devenir le support de l’action internationale de l’association qui doit la monter, cette année, dans 9 capitales du monde. Par ailleurs, l’association encourage fortement la promotion du patrimoine immatériel. La première édition de son concours des arts traditionnels a porté sur « Les baroudeurs » (Shab el baroud) qui sont répandus dans la région avec leurs fusils ancestraux et leurs rituels et tenues variant d’une tribu à l’autre et sans lesquels aucune fête ou cérémonie ne peut se tenir. L’association est aussi au cœur du Forum culturel aurassien à travers lequel sont proposées des activités portant sur l’histoire, la mémoire, les arts et la littérature. Cet espace reçoit régulièrement des personnalités historiques ou artistiques de premier plan. A travers ses amis, le Medghacen se remet à espérer et, au-delà de son importance de monument exceptionnel, il rayonne déjà comme un astre culturel. Méconnu encore mais vivant. - Datant du IIIe siècle avant notre ère, le Medghacen est considéré comme le plus ancien Mausolée royal antique d’Afrique du Nord. Il s’inscrit dans la tradition des monuments funéraires amazighs avec le Mausolée royal de Maurétanie de Tipasa et les Djeddars de Frenda, dans la wilaya de Tiaret. Ces édifices seraient un développement somptueux des sépultures dites Bazinas qui existaient depuis des milliers d’années. Sur une base cylindrique d’un diamètre de 59 m, le Medghacen est surmonté d’un cône formé de gradins et sa hauteur atteint 18,5 m. Il est construit en pierres de taille reliées par des crampons en bois de cèdre enrobés de plomb. On retrouve de nombreuses similitudes entre le Medghacen et le Mausolée de Tipasa, plus tardif. Le Medghacen comprend sur sa base 60 colonnes doriques et trois fausses portes de pierre réparties en trois points équidistants (4 à Tipasa). Du point de vue du style architectural, le Medghacen révèle une conception locale marquée par l’influence hellénistique… Comme pour le Mausolée de Tipasa, les archéologues du XIXe siècle n’ont rien trouvé dans le monument, ni dépouille mortelle ni objets, ce qui laisse croire à un pillage intégral de son contenu, peut-être en phases successives. On doit la première description du Medghacen au chroniqueur et voyageur égyptien El Bakri au XIe siècle. Selon des témoignages qu’il aurait recueillis, ce monument funéraire était destiné à un roi nommé Madghis. El Bakri parle également de magnifiques bas reliefs représentant des animaux ou des motifs végétaux, mais aucune trace n’en est demeurée. Trois siècles plus tard, dans son « Histoire des Berbères », Ibn Khaldoun fait référence à un Madghis qui serait l’ancêtre (ou un des ancêtres) des Numides. Ce nom serait une des pistes pour élucider l’origine du nom de Medghacen. Si l’on sait qu’il s’agit d’un monument funéraire, son destinataire reste encore un mystère. Mais ce qui inquiète aujourd’hui, c’est l’état de l’édifice menacé par de nombreuses et diverses dégradations, au point qu’il a été inscrit par le World Monuments Fund sur la liste des 100 monuments les plus en danger sur la planète. Un programme est en cours d’élaboration en vue de le restaurer et de le restituer à l’appréciation des publics.